par Jean de Pingon.

 

Le quotidien Libération du 25 février 2017 ouvrait un débat en titrant ainsi un article: "La Savoie a-t-elle été colonisée?

Et au fait, c'est quoi la colonisation?

Cet article faisait suite à une émission de France Info où un député Dominique Bussereau, avait déclaré:  " Qu'est-ce que ça veut dire colonisation? La Savoie est arrivée dans l'ensemble français après la Réunion... Idem pour le comté de Nice. Peut-on considérer que la Savoie et le comté de Nice ont été victimes de colonisation?" Ce à quoi le journaliste Jean Michel Aphatie avait répondu: " Si vous parlez de la Savoie et du comté de Nice, ils se sont rattachés librement à la République française, c'est 1860, je crois."
Cet échange a le mérite de nous montrer que le récit national français est bien ancré dans les esprits et qu'un député français peut-être aussi ignorant pour ce qui regarde l'histoire de la Savoie qu'un journaliste de la même nationalité. Trois éminents spécialistes de la colonisation avaient été conviés pour répondre à la question posée par Libération ; Nicolas Bancel, professeur à l'Université de Lausanne; Pascal Blanchard, chercheur au CNRS; et Romain Bertrand, directeur de recherche rattaché au Ceri (Sciences-Po), tous trois  ont jugé "absurde la comparaison entre la colonisation et les territoires de Nice et de la Savoie".

 " La Savoie et le Comté de Nice ont déjà été partie prenantes du royaume de France, notamment lors du règne de Charlemagne", rappelle Pascal Blanchard. Du coup, au moment de l'annexion, "90% des Savoyards parlaient déjà français, la Savoie était économiquement et culturellement intégrée à l'espace français", abonde Nicolas Bancel." (extrait de l'article de Libération).

Ce n'est même plus du roman national, nous sommes ici en pleine fiction!

Pour rappel: à l'époque de Charlemagne le royaume de France n'existait pas, pas plus que la langue française, Charlemagne étant un empereur germain s'exprimant en francique ripuaire, un dialecte germanique, il siégeait à Oche, aujourd'hui Aachen, une ville d'Allemagne qui ne s'est jamais appelée Aix-la-Chapelle, sauf dans le récit national français et ses  manuels d'histoire de France.

" Au moment de l'annexion 90% des Savoyards parlaient déjà français" C'est exact, et à cette époque 80% des Français n'utilisaient que le patois. Il faudra attendre 1880 et l'école obligatoire de Jules Ferry pour que la France commence à parler français. La pratique de la langue française ne peut en aucun cas démontrer que l'annexion de la Savoie ne procède pas de la colonisation. Quant à l'économie de la Savoie, contrairement à ce qui est avancé, elle n'était en rien préparée à s'intégrer au marché français et à s'ouvrir à cette concurrence.

Enfin, nos historiens ne manquent pas de rappeler le fameux "référendum" de 1860 afin d'établir que la Savoie et Nice n'ont pas été colonisées, puis ils évoquent l'absence en Savoie de "massacres de grande ampleur" caractérisant la colonisation et Pascal Blanchard de conclure que " Dominique Bussereau devrait relire ses manuels d'histoire".

A mon tour d'inviter ces historiens français à émerger de leur récit national et à se pencher sur l'annexion de la Savoie, mais pas dans leurs manuels d'histoire qui ne sont, pour l'essentiel, rien d'autre que fables, mensonges et trahison de la vérité historique. Je m'en vais donc leur exposer quelques éléments d'histoire de la Savoie qui ne figurent pas dans leurs manuels.

En premier lieu, je leur fournirais les massacres qu'ils réclament; les dizaines de milliers de morts savoisiens au front des guerres où la France les entraîna au mépris du statut de neutralité de la Savoie en témoignent assez. En effet, le Traité d'annexion conservait aux Savoisiens des droits que ne possédaient pas les Français: la neutralité perpétuelle et l'exonération de taxes douanières dans une grande zone frontalière avec la Suisse. Ces franchises étaient essentielles pour cette zone, la plus dynamique de Savoie, plus tournée économiquement vers Genève que vers la France. Ces droits, consacrés en 1815 lors du Congrès de Vienne, furent confirmés par la France lors de l'annexion de 1860, entérinés par le Traité d'annexion du 24 mars 1860, puis trahis et supprimés dès que l'occasion s'en présenta.
Ce mépris des engagements est intrinsèquement lié à l'arrogance coutumière aux colonialistes triomphateurs.

Pourtant la Savoie était héritière de ces droits afférents à son histoire, une histoire millénaire qui n'a jamais participé de l'histoire française mais de celle du saint empire Romain Germanique qui l'érigea en duché au quinzième siècle. Précisons que la Savoie n'a jamais été Piémontaise, Sarde ou Italienne, il ne faut pas confondre ce pays avec les titres de sa dynastie qui s'en est exilée dès le seizième siècle.

L'annexion et la colonisation de la Savoie par la France s'est faite en deux étapes. La première, en 1792, fut une invasion armée, de nuit et sans déclaration de guerre, par les troupes révolutionnaires françaises qui investirent ce pays pour lui faire partager ses valeurs républicaines. Dans cette optique, la Convention du 27 novembre 1792 édicte que " le voeu libre et universel du peuple souverain de la Savoie est de s'incorporer à la République française." Il s'agit là du blanchiment d'une annexion par les armes qui ne sera pas acceptée par "le peuple souverain de la Savoie".
Dans le val de Thônes, ce sont plus de 4000 paysans qui vont affronter les troupes françaises au défilé de Morette. Ils cesseront le combat faute de munitions, le commandant des troupes françaises autorisa alors ses soudards à piller la vallée durant trois jours.
Si les francinades en Savoie sont moins connues que les maroquinades en Italie, c'est sans doute parce qu'elles n'ont pas encore donné prétexte à un film.
En 1815, après la défaite napoléonienne, la Savoie retrouve la liberté. Mais elle est exsangue;   les réquisitions pour soutenir les guerres menées par la République puis le Premier Empire y engendrèrent la famine. Cela ajouté aux déportations, aux exécutions sommaires et à la conscription obligatoire dans les troupes de l'occupant, entraîna la perte d'un tiers de la population. L'anéantissement d'un tiers des habitants d'un pays annexé, pourra peut-être être considéré par nos historiens français comme un "massacre"?

Bien sûr, ce qui précède n'est qu'une vision de l'histoire. Une vision forcément subjective d'un Savoisien dont l'un des aïeux, membre de la Compagnie de Manigod en 1793, eut l'insigne privilège de combattre les Républicains français à Morette. Un Savoisien qui déplore que la procession annuelle en hommage aux victimes de ces Républicains français cessa en 1941 pour être remplacée, à compter de 1946, par un hommage aux valeureux combattants français des Glières, (un glorieux combat inventé de toutes pièces), et dont le mémorial occupe aujourd'hui le site de Morette où jamais les Français ne combattirent les Allemands mais où des milliers de Savoisiens combattirent les Français jusqu'au bout!

Ceux qui ont une vision plus conforme à la doxa française de cette période de l’histoire savoisienne rejoignent celle développée dans l’ouvrage « Philibert Simond, contribution à l’histoire de la Révolution ». On y apprend que la Savoie, à l'époque révolutionnaire, s'est véritablement donnée à la France.
Une précision s'impose cependant: le Conventionnel Philibert Simond était un prêtre savoyard banni de Savoie qui devint un proche de Robespierre, il est l'un de ceux qui oeuvrèrent à cette première annexion de la Savoie. Quant à Maurice Gabolde, l'auteur de cet ouvrage; il fut Garde des Sceaux pendant le régime de Vichy, il était alors surnommé von Gabolde. Il  s'enfuira en Espagne franquiste et sera condamné à mort par contumace en 1946.

En somme, cet ouvrage publié en 2013 et portant en grande part sur l'histoire de la Savoie est celui d'un collabo sur un autre collabo.

C'est ainsi que fut le plus souvent écrite notre histoire, en particulier celle de l'annexion de 1860. Cette annexion fut la seconde étape de la colonisation de la Savoie.Par sept fois au cours de son histoire la Savoie avait été envahie et  dévastée, par sept fois elle avait retrouvé sa liberté et son autonomie. Pourtant, 45 ans après la dernière incursion française, le peuple souverain de la Savoie « plébiscita » son annexion à la France.
« Plébiscita »? il faudrait peut-être y regarder de plus près:

Lors de la consultation populaire de 1860, il y eut plus de suffrages exprimés que d'inscrits.  L'abstention était interdite, il n'y avait pas d'isoloirs dans les bureaux de vote, ce qui finalement importait peu puisqu'il n'y avait pas de bulletins NON. Une loi d'exception française, promulguée sur le territoire de la Savoie, alors que celle-ci n'était pas encore française, édictait que quiconque s'élèverait contre l'annexion à la France serait envoyé au bagne de Cayenne sans même un jugement.
Afin de veiller au bon déroulement de la consultation populaire, l'armée française entra en Savoie et y établit ses cantonnements.
Un journaliste du Times envoyé sur les lieux pour couvrir l'évènement écrivit que:
"Le plébiscite de 1860 fut la farce la plus abjecte qui ait jamais été jouée dans l'histoire des nations!"

Nul ne s'étonnera que le score pour l'annexion à la France s'établit à 99,8%. Un score qui s'inscrira dans le récit national français. 99,8%! C'est ce chiffre qui permet aujourd'hui au journaliste  Jean-Michel Aphatie, au député Dominique Bussereau, et à des historiens nationalistes, d'affirmer que "la Savoie s'est donnée à la France".

Friedrich Engels, le théoricien socialiste, connaissait bien la Savoie. Il écrivit un opuscule; (Savoyen, Nizza und der Rhein), où il établissait que les Savoisiens, comme tous les peuples victimes des invasions françaises, ne désiraient pas devenir Français, mais surtout que cette annexion comportait un grand danger car elle faisait triompher la théorie dite des frontières naturelles. Il écrivait: " mais si le bonapartisme choisit justement ce point-là (la Savoie) pour mettre en avant la demande de soi-disant frontières naturelles, sous le prétexte que la France ne peut pas faire autrement pour sa propre défense, combien plus facile il lui sera de motiver ses exigences sur le Rhin!"

Six ans après l'annexion de la Savoie, la France exigera de la Prusse, au nom du principe des frontières naturelles, une compensation territoriale sur le Rhin. Ne pouvant l'obtenir, elle lui déclara la guerre sous un prétexte futile. L'affaire se jouera en trois manches, la guerre de 1870 sera la première manche. A l'issue de cette guerre, l'Allemagne se formera en tant qu'État-nation. Les deux manches suivantes étant la première puis la seconde guerre mondiale.
Lors de la guerre de 1870, des Savoisiens furent mobilisés dans l'armée française où leurs effectifs connurent 80% de pertes, pourtant l'article second du Traité d'annexion conservait à la Savoie sa neutralité qu'elle partageait avec la Suisse.

La bataille de Sedan entraîna la chute du second Empire. En 1871, un Comité républicain, constitué en Savoie, osera demander qu'une nouvelle consultation populaire y soit organisée. La réponse ne tarda pas: Adolphe Thiers, alors président de la République française, fit envoyer en Savoie les troupes qui venaient de briser la Commune lors de la Semaine sanglante qui fit plus de victimes que la Terreur.
Tout rentra dans l'ordre en Savoie, sans  aucun "massacre", (cette précision plaira à nos historiens français).
Quelques mois après l'annexion, un décret publié le 24 octobre 1860 supprimera les écoles universitaires établies en Savoie et mettra d'office leurs enseignants à la retraite.  Cette mesure visait à assurer la colonisation du pays en interdisant l'accès à son histoire et la formation d'une élite.

Dans le même ordre d’idées, après la première guerre mondiale, les instituteurs reçurent l’ordre de brûler les manuels d’histoire de la Savoie qui y étaient encore utilisés.Lors de la première guerre mondiale, la neutralité de la Savoie fut de nouveau trahie et les Savoisiens mobilisés furent placés en première ligne. De tous les départements français, Savoie et Haute-Savoie seront ceux qui auront le plus de victimes de cette guerre, (proportionnellement à leur population). Sur 34'000 savoisiens mobilisés, plus de vingt mille morts et 8000 blessés dont beaucoup devenus grands invalides, une génération anéantie, ce qui constitue véritablement un "massacre".
Au lendemain de cette guerre, à l'article 435 du Traité de Versailles du 28 juin 1919, le Gouvernement français supprimera les zones franches de Savoie ainsi que sa neutralité.

L'affaire des zones franches sera portée par la Suisse devant la Cour Internationale de La Haye qui condamnera la France le 7 juin 1932.
La France ne tiendra pas compte de cette condamnation et rétablira ses douaniers à la frontière suisse au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ils y sont toujours, dans la plus totale illégalité. Arrogance du colonisateur!

Le 10 février 1947 fut signé à Paris un Traité de paix dont l'article 44 concernait au premier chef le Traité d'annexion de la Savoie. Aux termes de cet article, la France avait obligation de signifier ce  Traité à l'Italie dans un délai de six mois après l'entrée en vigueur du Traité du 10 février 1947, faute de quoi il serait considéré comme abrogé. La France devait ensuite faire enregistrer ce Traité auprès du Secrétariat de l'Organisation des Nations Unies.
Dans la réalité des faits, la France ne pouvait pas remettre en vigueur le Traité d'annexion sans que les populations concernées ne soient de nouveau consultées. La France venait de ratifier la Charte des Nations Unies, s'engageant ainsi à ne pas transgresser l'alinéa second de son article premier : "Le respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes".

Si la France entendait conserver la Savoie, elle devait de nouveau consulter le peuple que la République française avait reconnu comme étant "le peuple souverain de la Savoie". Mais cette fois sans truquer la consultation populaire puisqu'elle se déroulerait sous le regard de l'ONU.
En 1947, la France était encore un empire colonial, elle ne pouvait se permettre de consulter un peuple qu'elle avait colonisé sans créer un précédent pour ses autres colonies. Ainsi, le Traité d'annexion de la Savoie ne fut-il pas notifié à l'Italie ni enregistré auprès du Secrétariat des Nations Unies. Arrogance du colonisateur!

En 2010, le Gouvernement français entendit fêter avec faste les 150 ans de l'annexion de la Savoie.
Le 24 mars 2010, date anniversaire du Traité d'annexion, je rendais publics des documents officiels prouvant l'absence de notification du Traité d'annexion de la Savoie à l'Italie et son absence d'enregistrement auprès de l'ONU.

Suite à mes révélations, une question fut posée à l'Assemblée nationale et Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, répondit le 15 juin 2010 que le Traité d'annexion avait bien été notifié à l'Italie et que "d'ores et déjà, toutes les dispositions utiles avaient été prises pour qu'il soit enregistré dans les meilleurs délais auprès du secrétariat de l'Organisation des Nations Unies". "Dans les meilleurs délais", 63 ans après l'obligation d'enregistrer. Arrogance du colonisateur!

L'ONU ne pouvait enregistrer le Traité d'annexion de la Savoie pour deux bonnes raisons: En premier lieu parce qu'il était établi que la France n'avait pas signifié ce Traité à l'Italie, en second lieu parce que l'ONU ne reconnaît pas les annexions.

Le 8 janvier 2012, le ministre français des affaires étrangères venait avouer devant l'Assemblée nationale que l'ONU avait refusé d'enregistrer le Traité d'annexion de la Savoie, mais que, finalement, cela n'était pas indispensable et que, ce qui importait, c'était que ce Traité avait bien été notifié à l'Italie par une note verbale. Le ministre se gardait bien de produire cette fameuse "note verbale". Arrogance du colonisateur!


Le Traité d'annexion de la Savoie est désormais officiellement abrogé.
D'autre part, l'Organisation des Nations Unies, en refusant d'enregistrer le Traité d'annexion, interdit au Gouvernement français de s'en prévaloir sur la place internationale.
Résultat: les institutions françaises n'ont plus aucune légitimité en Savoie.La question était: La Savoie a-t-elle été colonisée?
A n'en pas douter le collabo Maurice Gabolde répondrait par la négative, tout comme l'ont fait le journaliste Aphatie, le député Bussereau, puis les éminents historiens interrogés par le quotidien Libération, et pourtant, c'est incontestable: la Savoie a bien été colonisée!
Et la colonisation perdure, il n'est par exemple que de voir les agissements de la Compagnie des Alpes en Savoie, (appellation sans doute choisie en référence à la Compagnie française des Indes orientales, un puissant instrument colonialiste).

La Compagnie des Alpes, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, s'est emparée, avec sa filiale immobilière, des stations de ski de Savoie les plus performantes et colonise à présent nos montagnes pour le plus grand bonheur de la finance française.
La Savoie a-t-elle été colonisée? Seul un collaborateur de la puissance annexante pourrait aujourd'hui affirmer le contraire. Cependant une nouvelle question se pose:
Peut-on effacer la mémoire d'un peuple?

Lorsque je suis né mon pays, La Savoie, était français depuis moins d'un siècle.
A l'école je n'ai pas appris une ligne de l'histoire de ce pays millénaire. J'ai appris les noms de rois de France qui n'ont jamais régné en Savoie et l'histoire du pays qui a annexé le mien puis l'a entraîné dans ses guerres. Un jour, j'ai demandé à mon professeur d'histoire ce qu'était la Savoie avant que de devenir française, celui-ci m'avait alors répondu: "Vous étiez Italiens!" Cela m'avait semblé bizarre, mes grands-parents ne parlant pas l'italien.  
Depuis les choses ne se sont pas arrangées. La « loi Fillon », impose l’apprentissage obligatoire de la Marseillaise dans les écoles. Ainsi, l'hymne des Républicains français qui envahirent la Savoie et la saccagèrent fait-il partie depuis 2005 du programme scolaire en Savoie où la propagande française n’a cessé de s’accentuer.

Pour exemple, en Haute-Savoie, les enfants des écoles sont aujourd’hui convoyés, par cars entiers, dans ce que l'administration française appelle "des lieux de mémoire". Ces lieux "ont pour fonction d'éduquer les futurs citoyens". Les enseignants doivent motiver "ce public captif obligé de venir dans un lieu de mémoire par des professeurs".  
Ces lieux de mémoire ont été imaginés en Savoie pour effacer la mémoire du peuple savoisien et un tiers des deniers publics destinés aux "lieux de mémoire" est consacré à un "public passif", c'est à dire aux écoles. Il en est ainsi à Morette.

Ma petite fille, âgée de quatre ans, va à l'école publique de Thônes où elle n'apprendra pas qui était Marguerite Frichelet-Avet, la résistante savoisienne qui fut l'âme du combat de Morette et fut fusillée par les Français. Une rue de Thônes porte son nom, mais on ne lui parlera pas de la Frichelette dans son école. En revanche, elle apprendra la Marseillaise et sera emmenée à Morette pour écouter, sous les drapeaux français, le discours d'un homme politique, d'un militaire de carrière ou d'un grand rabbin de France qui sauront mieux que personne évoquer le glorieux combat des Glières, (qui n'a jamais eu lieu), et  lui dire toute la chance qu'elle a d'être Française.
Il en est toujours ainsi dans les pays colonisés où la puissance colonisatrice impose son récit national afin d'effacer l'histoire du pays annexé.

 

Le 18 mai 1993 Jean de Pingon organisa une manifestation sur le Pâquier d’Annecy, lieu où 200 ans auparavant fut fusillée, par la soldatesque française, la résistante savoisienne Marguerite Frichelet-Avet. Sur le plateau des Glières, les Français ont coulé le mensonge dans le béton pour aller y vomir leurs discours nationalistes, mais sur le Pâquier, ils ont refusé d’ériger une stèle à la mémoire de la pauvre Marguerite !